Portrait : Monsieur Foumpire

Portrait : Monsieur Foumpire

A la découverte de la Convenance !

Situé sur le littoral Est de la commune de Sainte-Marie, le quartier de la Convenance a longtemps baigné dans un milieu exclusivement rural. Quel y était le mode de vie ? Comment le quartier a t-il évolué ? L’un de ses habitants raconte. 

Impossible de parler de la Convenance sans évoquer la canne à sucre. A partir du XIXe siècle, le quartier est essentiellement composé de champs de canne dont l’entretien est confié aux habitants. Dès lors, les familles vivent au rythme de la plantation agricole. Jean-Marc Foumpire, ancien employé communal, est l’un de ces nombreux travailleurs qui se sont succédé sur les carreaux de canne au fil des années. Le récit de ce retraité de 67 ans rend compte de l’importance de l’histoire coloniale et agricole de l’île. Retour en souvenirs et en images sur quelques symboles de la ville…

La maison de quartier de la Convenance était autrefois utilisée lorsque les journaliers agricoles, dont le travail consistait à cultiver la canne, recevaient leur salaire. Directeur des terrains agricoles, sous-directeur, contremaître et comptable s’occupaient de payer les employés. « J’ai eu ma première déclaration de travail dans ce bureau à l’âge de 14 ans », se remémore Jean-Marc. A l’extérieur, une balance servait à peser les récoltes de canne mais aussi le fumier, le maïs ou encore le manioc. « Avant ma génération, la canne était ensuite transportée en charrette jusqu’à la Ravine des Chèvres. Là-bas le train prenait le relai et amenait la marchandise à Bois Rouge. Il y avait aussi des livraisons pour la Mare ». 

Le manioc était un autre produit phare du quartier. Situé devant la Maison de quartier, un moulin destiné à moudre le manioc permettait aux habitants de traiter la plante. Autrefois intégrée au moulin, la fameuse roue de la machine est actuellement située dans l’allée principale du quartier. « Aujourd’hui l’emplacement du moulin est vide mais à l’époque il y avait une usine, un garage et des wagons agricoles qui servaient de citerne pour faire tourner la roue. D’ailleurs beaucoup de marmailles ont appris à nager dedans. Le manioc était épluché puis moulu ». En contrebas, engagés indiens et chinois s’occupaient des bêtes et transformaient la canne à sucre en jus après qu’elle eut été pesé. Aux alentours, des hectares et des hectares de champ. Puis la canne a progressivement laissé place à d’autres infrastructures ; un grand hangar fut construit pour abriter les bœufs. Le besoin de loger la population entraîne finalement la construction de maisons et de résidences. 

L’engrais et les activités de charpenterie et de menuiserie étaient quant à eux placés derrière la Maison de quartier. Des silos remplis de pois et de riz servaient à stocker la nourriture des bœufs. Mais les Hommes n’étaient pas en reste ; le stockage de la bière brassée se faisait également au cœur du quartier.  

Autre particularité, l’eau des habitants était distribuée à partir d’un bassin. L’une de ses sources : le Bassin Bœuf de Bagatelle (Sainte-Suzanne). « L’eau coulait tout le long du chemin. Elle passait dans une espèce de machine qui la pompait et la traitait. Il y avait un seul robinet et chacun faisait la queue pour se servir. Les gens venaient et s’asseyaient sur la cuve d’eau en attendant leur tour. Ensuite le bassin a été enlevé, chacun a eu son propre compteur d’eau et la consommation est devenue payante ». 

Avant que le quartier ne se modernise à la fin du XXe siècle, cases en paille et calebanons se tenaient ça et là près des champs de canne. Cuisine au feu de bois, échanges de bons procédés entre voisins, esprit de camaraderie… plusieurs familles vivaient ensemble et s’entraidaient au quotidien. « Chaque rue a sa signification. Dans la rue du temple chaque bon Dieu avait sa petite case, le Bois de lait (plante endémique produisant du jus et considérée aujourd’hui comme toxique) a donné son nom a une allée, d’autres rues portent le nom de personnages ». Les marmailles déambulaient dans les rues du quartier, finissaient par jouer sur le terrain de football ou par s’arrêter devant un « pié teck teck ou un pié grain bouchon » pour en savourer le fruit. Vulnérables aux cyclones, les cases en paille vont disparaître au profit des maisons en béton ou en bois. 

Avec la modernisation et l’industrialisation, les commerces de proximité fleuriront et remplaceront les plantations. Pharmacie, épicerie, restaurants, pâtisserie et onglerie se dressent aujourd’hui dans l’allée principale de la Convenance. Jean-Marc le reconnaît : « Il n’y a pas si longtemps encore il n’y avait rien que des carreaux canne ! J’ai grandi dedans, j’ai travaillé dedans et j’ai vu le quartier se transformer. Beaucoup d’anciens habitants ne reconnaîtraient pas du tout leur quartier d’enfance ». Le filon de la canne reste malgré tout exploité et les champs se retrouvent désormais vers les hauteurs de la ville. 

Madame et Monsieur Fompire devant leur maison familiale .
LE QUARTIER DE LA CONVENANCE AVANT