Portrait : Monsieur Gabin

Portrait : Monsieur Gabin

Le quartier de la Mare vu par l’un de ses habitants

L’industrie sucrière et le métissage culturel ont forgé l’identité de l’île de la Réunion. La ville de Sainte-Marie ne déroge pas à la règle. Partons à la découverte de l’un de ses quartiers…

La Mare. Sainte-Marie. Entre les promeneurs admirant le port de plaisance et les pêcheurs venus remplir leurs glacières se trouve une boutique qui n’a presque pas bougé depuis cinquante neuf ans ! Imprégnée du tan lontan, l’ambiance contraste avec le sérieux du quartier d’Affaires. Snacks, boissons et épices ornent les étagères de M. Gabin. Installé à son bar, le sexagénaire se remémore la Mare des années 60. « La culture de la canne à sucre était très présente dans le quartier. Une usine dépendait des récoltes de la canne et tournait entre quatre et cinq mois dans l’année. Presque tous mes clients travaillaient dedans ». Construite en 1854 à des fins économiques, l’usine sucrière de la Mare ouvre ses portes à une population principalement issue de l’engagisme. « Tout le monde habitait autour de l’usine. Il y avait des calbanons et des cases en paille. Les travailleurs étaient payés en espèce puis ils venaient faire leurs commissions à la boutique. A l’époque on était plus nombreux, à côté de moi il y avait quatorze commerces qui se tenaient tout le long de la rue », indique M. Gabin. Riz, lait, conserves, morue, mais aussi pétrole étaient appréciés par la clientèle. « Tout le monde était solidaire, chacun avait son calbanon, une petite cour et les habitants s’entraidaient en fonction de ce qu’ils avaient. L’un avait de la tisane, l’autre des légumes, certaines personnes avaient aussi des animaux ». 

Des champs de canne aux entreprises désireuses de s’implanter dans le paysage réunionnais

L’industrie sucrière, c’est aussi l’installation d’un chemin de fer à partir de 1882 pour faciliter le transport des marchandises. Autrefois située près du Port de plaisance, la voie ferrée est supprimée quatre-vingt ans plus tard au profit du réseau routier. L’usine devient à son tour désuète et ferme en 1982. Les contours actuels de la ville de Sainte-Marie se dessinent lorsque les habitants passent de la Mare aux hauteurs du quartier de Bois Rouge. Aujourd’hui, l’endroit reste un élément incontournable en matière d’économie. Les champs de canne ont laissé place aux entreprises désireuses de s’implanter dans le paysage réunionnais. Des services aux bureaux administratifs en passant par les commerces et commodités, l’endroit n’a cessé de se moderniser au fur et à mesure des années. Malgré les changements, la cheminée La Mare surplombe encore le lieu et donne des indices sur le labeur vécu par les travailleurs des siècles derniers. Son classement aux Monuments Historiques témoigne de la nécessité de rendre hommage à tous ceux qui ont participé de près ou de loin à l’histoire socio-économique de l’île. Un hommage rendu possible avec le témoignage de personnages tels que M. Gabin. « Avant les gens devaient se soutenir pour s’en sortir et améliorer leurs conditions de vie difficiles. Maintenant il y a plus de confort et d’hygiène. Chaque époque a ses avantages et ses inconvénients », conclut-il.